En novembre dernier, dans un article intitulé « Quelques réflexions sur la sauvegarde », j’ai écrit que je n’utiliserai jamais de service de sauvegarde en ligne. J’en étais convaincu et pourtant, je dois l’avouer, je viens de me renier.

Pourquoi ai-je retourné ma veste ?

En novembre dernier, je disposais encore d’un serveur chez Tetaneutral et il hébergeait, entre autres, mes sauvegardes distantes. Bien que plus onéreuse que d’autres, cette solution me comblait car elle satisfaisait toutes mes exigences.

Oui, mais voilà, le 20 janvier 2021, l’entrepôt de Mix’Art Myrys où se trouvaient les salles d’hébergement historiques de Tetaneutral, a été déclaré impropre à recevoir du public et il a fait l’objet d’une fermeture administrative avec effet immédiat, condamnant les salles de Tetaneutral. :( Il y aurait beaucoup à dire sur cette fermeture et son contexte, mais ce n’est pas l’objet de cet article.

J’ai pu récupérer in extremis mon matériel et, grâce à mes sauvegardes, basculer tous mes services sur mon autre serveur, hébergé à la maison (vive la fibre !), sans même avoir à rebrancher le serveur que je venais de récupérer. Cela a été l’occasion de vérifier la consistance de mes sauvegardes. Mais je me suis retrouvé sans copie distante et cela me taraudait…

J’ai envisagé d’acheter une nouvelle machine, plus compacte et consommant moins d’électricité que la tour vieillissante que je venais de récupérer, et de mettre enfin en pratique mes velléités de sauvegarde croisée avec l’un ou l’autre de mes amis disposant lui aussi de la fibre. Mais comme je souhaite que mes machines aient une longue durée de vie (dix ans en moyenne, quitte à réaliser une ou deux mises à jour matérielles), j’évite d’acheter des machines trop étriquées dès le départ. Et comme je souhaite maitriser mes outils, je préfère un serveur ad hoc, sur lequel je peux déployer openmediavault, à tout NAS au système propriétaire, même si je pense le plus grand bien des produits Synology.

Un tel serveur a un cout ; on atteint très vite les 800 à 1500 €. Je n’ai pas un tel budget à consacrer à cet investissement à l’heure actuelle. Ce faisant, j’ai envisagé des solutions de repli, que j’espère temporaires :

  • Louer une machine virtuelle à Tetaneutral. L’association exige – et c’est bien normal – qu’un adhérent qui souhaite disposer de beaucoup d’espace disque lui fournisse des disques à hauteur de trois fois l’espace demandé (car le cluster Ceph crée trois copies des données). Tetaneutral exige des disques d’une taille minimale de 4 To et moi, j’estime mon besoin à 2 To. Cette solution m’imposait donc l’achat d’un disque de 6 To ou de deux de 4 To, pour un cout d’environ 300 €, auquel allait s’ajouter celui de la location de la machine virtuelle : 20 € par mois, soit 240 € par an. Au bout d’un an, la facture se serait donc élevée à 540 €, et au bout de 2 ans, à 780 €.

  • Louer un espace de stockage à un hébergeur supportant BorgBackup, mon outil de sauvegarde. On trouve diverses offres, allant de 12 à 50 € par mois pour 2 To, ce qui représente un budget d’environ 150 à 600 € par an.

Après avoir pesé le pour et le contre, j’ai décidé de tester BorgBase et je ne peux en dire que du bien ! La création des dépôts est triviale et les options de configuration sont bien pensées. L’offre de service de BorgBase est très compétitive, à 15 $ par mois pour 2 To, soit environ 13 €. Cerise sur le gâteau, BorgBase sponsorise le développement de Borgmatic et de Vorta. Mais je ne sais pas où sont localisés les serveurs de l’entreprise, Peakford Ltd, dont le siège se trouve à Malte. Cela m’a chagriné.

J’ai donc fini par m’orienter vers Hetzner, un hébergeur allemand plus générique, dont j’entends le plus grand bien parmi les geeks. J’ai été attiré par son offre Storage Box, qui propose un espace de stockage de 2 To pour 11,78 € par mois, soit environ 141 € par an. La solution proposée par Hetzner est bien plus sommaire que celle proposée par BorgBase et la mise en œuvre de BorgBackup est plus laborieuse, mais elle est correctement documentée. Hetzner dispose de salles d’hébergement en Allemagne et en Finlande. J’ai opté pour cette dernière, puis j’ai adapté mes scripts de sauvegarde. En transférant un fichier de 3,7 Go dans les deux sens, j’ai mesuré un débit montant de 19 à 23 Mo/s et un débit descendant de seulement 3 à 4 Mo/s (sur 5 essais effectués sur plusieurs jours, à des heures différentes). Cette forte assymétrie est malheureusement classique ; je la dénonçais dans mon précédent article sur le sujet. Espérons que je n’aurai jamais besoin de ces sauvegardes, car leur récupération prendra beaucoup de temps.

En me résignant à opter pour une offre SaaS, je ne renie tout de même pas tous mes principes. Primo, les données sauvegardées sont chiffrées à la source. Secundo, je continue à faire des sauvegardes locales sur disque externe de toutes mes machines, car multiplier les sauvegardes est une règle d’or dont beaucoup de clients d’OVH à Strasbourg peuvent témoigner la larme à l’œil.

Si ce retournement de veste est commandé par le pragmatisme (mieux vaut une sauvegarde distante pas totalement maitrisée que pas de sauvegarde distante du tout), j’espère bien revenir à une solution plus conforme à mes principes l’année prochaine.