J’ai craqué pour un Framework 16
Connaissez-vous les machines de la marque Framework ? Si ce n’est pas le cas, je vous invite à vous y intéresser. À l’instar des smartphones Fairphone, les machines Framework sont conçues pour être durables et réparables. Le fabricant (américain, même si les machines sont produites à Taïwan) les livre d’ailleurs en kit et fournit les instructions nécessaires au montage et au changement des pièces (toutes les pièces détachées pouvant être achetées sur le site). Autrement dit, les machines Framework sont ce que devraient être tous nos équipements électroniques, et même un peu plus.
J’en veux pour preuve certains détails de conception. Par exemple, les ports externes, au format USB-C, ne sont pas directement exposés. Ils sont placés en retrait et on les expose via de petites cartes d’extension carrées qui, une fois insérées, affleurent sur les côtés de la machine. Cette approche a deux avantages majeurs :
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La polyvalence : en fonction de la carte insérée, un port USB-C reste un port USB-C ou devient un port USB-A, HDMI, DisplayPort, Ethernet, etc.
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La durabilité : le port qui travaille, celui sur lequel on branche et débranche chaque jour les périphériques, n’est pas le port de la carte mère, mais celui de la carte d’extension. S’il finit par s’user et dysfonctionner, il suffit de remplacer la carte d’extension pour disposer d’un port neuf.
C’est à la fois (relativement) simple et génial. J’adore.
J’ai eu vent de Framework dès la mise sur le marché de son premier modèle, car plusieurs de mes amis ont fait partie des primo-acquéreurs de cette machine. Quelques années plus tard, ils restent ravis de leur achat. L’un d’entre eux a même acheté plusieurs modèles, quand un autre a déjà changé la carte mère de son Framework pour passer à un processeur plus performant. Je connais par ailleurs une entreprise qui n’achète plus que des machines Framework depuis trois ans. Ils tournent tous sur GNU/Linux.
Avec autant de signaux positifs, j’aurais dû moi aussi en acheter un depuis longtemps. Mais deux considérations m’ont longtemps amené à repousser cet achat :
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La principale, je dois le reconnaitre, est le prix élevé de ces machines, même si elles peuvent apparaitre bon marché au regard du prix de certains Mac ou de certains PC portables destinés à des joueurs fortunés.
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La seconde est que je disposais déjà d’un (vieux) PC portable et que, fidèle à mes principes, je préférais faire durer mon matériel.
Mon ancien portable arrivant à bout de souffle, je me suis décidé à acquérir une nouvelle machine. Le prix des machines Framework étant élevé et une machine d’occasion relativement récente pouvant pleinement me satisfaire, j’ai d’abord opté pour un achat d’occasion sur la plateforme Back Market. Après deux essais infructueux1, j’ai décidé de casser ma tirelire pour m’offrir un Framework.
J’ai tout de même hésité avant de franchir le pas. En effet, si Framework annonce que ses machines tournent aussi bien sur MS-Windows que sur GNU/Linux, le fabricant ne supporte en réalité que trois distributions : Fedora, Ubuntu et Bazzite. Oui, Debian n’est pas dans le lot. Snif. Framework s’en explique par le fait que Debian privilégie la stabilité et que son socle logiciel est trop vieux au regard du matériel récent embarqué dans les machines Framework. Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé un retour d’expérience aux utilisateurs sur le forum de Framework. Les quelques réponses reçues m’ont rassuré, sachant que j’avais déjà dans l’idée d’installer une Debian Forky – la version de test de Debian au moment où j’écris ces lignes – sur cette machine.
J’ai ainsi commandé un Framework 16 de seconde génération (doté d’un Ryzen 7 AI 350) pour disposer d’un écran confortable. Ce dernier est au format 16/10 (2560×1600 pixels), mais le portable a un format inhabituel en 4/3 (36×27 cm). Trouver une housse de transport adéquate ne semble pas gagné. La machine a été livrée en quelques jours seulement. Il m’a fallu une demi-heure pour la monter, photos comprises. Avec un peu d’habitude, on doit régler l’affaire en dix minutes.
Ma joie a été de courte durée. Lorsque j’ai allumé la machine, le BIOS m’a informé qu’il ne détectait pas le « input module connector board », me pointant sur un dessin où se situait le problème. J’ai arrêté la machine, je l’ai démontée, j’ai vérifié les branchements que j’avais effectués et j’ai remonté la machine. Second boot, même diagnostic. Nouveau démontage, nouveaux contrôles, nouveau remontage. Troisième boot, toujours le même diagnostic. Dépité, je me suis rendu sur le forum où j’ai découvert que je n’étais pas le premier à rencontrer ce problème. Les utilisateurs disaient avoir renvoyé qui la carte mère, qui la plaque médiane, et en avoir reçu une nouvelle rapidement. J’ai donc ouvert un ticket auprès du support de Framework, en lui fournissant une capture d’écran et le détail de mes actions.
Cette description détaillée n’a pas empêché le support de me demander un nouveau contrôle des branchements. Bonne pâte, mais sans le moindre espoir, j’ai démonté une nouvelle fois la machine et j’ai procédé à un contrôle minutieux des câbles. Presque par hasard, j’ai découvert qu’un câble plat préassemblé en usine (i.e. pas un branchement qui m’incombait) semblait mal inséré dans un microconnecteur FFC. J’ai ouvert le connecteur, ajusté le câble, refermé le connecteur, terminé le montage et allumé la machine. Victoire, quelques secondes après, elle m’a annoncé qu’elle ne trouvait aucun système à lancer (ça, c’était normal). J’ignore si le contrôle qualité en usine a été défaillant ou si l’assemblage a bougé pendant le transport, mais j’ai été heureux de résoudre ainsi le problème et de découvrir que je n’étais pas le boulet de service.
J’ai installé une Debian Forky dans la foulée. Cela fait maintenant huit jours que j’utilise cette machine et j’en suis pleinement satisfait. L’installation du système a été triviale. Avec un noyau récent, tout a fonctionné du premier coup. La machine s’avère véloce. La batterie tient longtemps. Le Wi-Fi 7 est un pur bonheur (téléchargement des paquets Debian à la vitesse soutenue de 131 Mo/s). La machine dispose de 6 ports externes (j’ai opté pour 3 USB-C, 2 USB-A et un HDMI). Le clavier est agréable. Seule la qualité du son me laisse dubitatif, mais ce n’est pas primordial pour moi. Lorsque je me suis renseigné sur le forum, la première personne a me répondre a été un ingénieur support de Framework. Après m’avoir rappelé que Framework ne préconisait pas Debian, il n’a pas hésité à me prodiguer quelques conseils. J’ai apprécié la posture.
Je suis content d’avoir franchi le pas et opté pour une machine durable et réparable, dans la lignée du Fairphone que j’ai acheté il y a deux ans. J’en conviens, ces choix représentent un certain investissement, mais nous devons de temps en temps mettre en accord nos valeurs et nos actes.
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Mes deux tentatives d’achat sur Back Market se sont soldées par des échecs. Le BIOS du premier PC était verrouillé et le vendeur ignorait le mot de passe. Ne pouvant de ce fait pas installer un système alternatif, j’ai renvoyé la machine au vendeur et j’ai demandé à être remboursé. Quant à mon second essai, le vendeur n’a pas été en capacité de me fournir la machine que j’avais commandée et payée, car il n’avait plus ce modèle en stock. Il m’a proposé à un prix à peine inférieur une machine « du même constructeur et de la même gamme ». Celle-ci était en réalité sensiblement différente : machine de génération antérieure avec une connectique de facto plus vieille, batterie scellée en usine, processeur bien moins puissant, etc. J’ai là encore annulé ma commande et je me suis derechef fait rembourser. ↩︎